Broussard, DC-3, C-337, et...l'AFRIQUE. recit et screens

Bonjour amis du Forum. Comme promis, du même auteur que « Les Diams de l’Empereur » une histoire toute aussi vrai que j’ai illustré avec FS9. N’ayant pas de textures appropriées, j’ai fait avec ce que j’ai trouvé sur le net. L’ambiance y est,…et quelle merveilleuse ambiance. Je remercie mon pote Bruno, mon frère dans la vie et dans l’écriture, auteur de ces textes, et tous les copains de l’aviation virtuelle ou réelle. Il est fait ici allusion à un épisode précédent particulièrement savoureux, Marquis, que je ferai après car j’attends du matos adéquat de chez Carenado, un Cessna 337, qui me permettra une illustration aux petits oignons de ce qui est probablement juste après Vol de Nuit, Le Grand Cirque, Le Peuple Migrateur et Porco Rosso une des oeuvres fondatrices de l’Aviation. Mais assez parlé, place à l’Afrique….

Moyto

Depuis notre escapade espagnole, la vie avait repris son cours, c’est à dire la routine avait repris ses droits.
Nous arrivions à l’escadrille à six heures du matin, et en repartions à treize heures, tous les jours. La chaleur africaine nous imposait ce rythme de travail inhabituel. Lorsque nous ne volions pas, nous avions le choix entre discuter avec les copains ou jouer au tarot, jeu de prédilection des équipages militaires. Le plus souvent, on se livrait à la première activité en prenant le deuxième café de la journée, au bar de l’escadrille, et cela nous laissait six heures pleines pour nous consacrer à la seconde activité, essayer d’amener le petit au bout !
On peut avoir du mal à imaginer Saint Exupéry
* marchant de long en large dans les couloirs de son escadron, ou jouant aux cartes pour tuer le temps… Il faut bien se dire qu’un pilote qui ne vole pas s’ennuie, s’il n’apprécie pas toutes les subtilités du tarot ! Alors, il erre dans tous les bureaux de son escadron, en attendant treize heures et en espérant qu’un coup de téléphone déclenchera une mission, n’importe laquelle, et pour aller n’importe où… Et il espère surtout que, étant présent et volontaire, c’est lui qui partira !
C’est de cette façon, en traînant au bureau des opérations, que je fus appelé à aller passer une semaine à Mongo.
La table de tarot était complète ce jour là…

Mongo… Qui connaît ce trou perdu au fin fond de rien du tout ? Un village écrasé de chaleur, moins de 300 habitants, et une garnison de 40 soldats…
Lorsque nous allions passer une semaine là-bas, nous faisions des liaisons (en principe non dangereuses…) avec les villages voisins, qui se trouvaient quand même à une ou deux heures de vol en Broussard. Un peu moins en Dakota.
C’est ainsi que nous étions susceptibles d’aller à Sahr – ex Fort Archambault – à Abeché, à Am Timan, à Mangalmé, à Moussoro, etc. Autant de noms qui sont pour moi pleins de poésie, car ils sont mes 20 ans - ou presque…

Nous faisions le plein de l’appareil – Max Holst 1521 – tous les matins, ce qui était en principe largement suffisant pour un aller retour sur tous les villages des environs. Et puis, nous ne nous salissions les mains qu’une seule fois ; dans un pays ou l’eau est rare, ceci constitue un avantage certain ! Déjà à cette époque, on disait « Sauvez l’eau, buvez de la bière ! »…

Ce jour-là, nous revenions d’Am Timan, direction Mongo. Une heure vingt cinq de vol. J’avais fait la ligne plus de 30 fois, c’est de la brousse sans grand intérêt, aussi, je demande à Matana, mon copilote, de surveiller le cap et de tenir le manche - il n’y a pas de pilote automatique sur ce zinc - et je ferme les yeux… Il faut toujours économiser ses forces.
Trente minutes plus tard, Matana me réveille en me montrant le conservateur de cap ; celui-ci indique une direction légèrement différente de celle de la boussole - que curieusement, dans un avion, on appelle le compas. Il me dit que régulièrement, il est obligé de le régler sur cette vieille chose qui indique toujours le Nord, comme sur la Caravelle de Christophe Colomb en 1492 lorsqu’il partit aux Amériques… Le conservateur de cap représente un grand progrès par rapport à la boussole, et se servir de l’une pour recaler l’autre revient à faire tracter une Ferrari par un percheron de Beauce !
Mais en l’occurrence, l’un de ces deux instruments n’est plus fiable, et à priori, il s’agit du plus moderne…
Je regarde ma montre : nous devons arriver dans moins d’une heure. L’essence : il y en a pour plus d’une heure.
Allons… Tout va bien…
Je reprends le manche, et me fie désormais au compas, puisque le conservateur précessionne.

Dix minutes plus tard, j’ai l’impression de me laisser entraîner à gauche

…Rien à voir avec une quelconque appartenance politique… J’observe la vieille boussole, fixée sur le tableau de bord : bon sang, c’est elle qui tourne ! Galilée avait dit presque la même chose *** ! Tandis que le conservateur, lui, conserve parfaitement ce qu’on lui a demandé de conserver !
Depuis plus de quarante minutes maintenant, en plein désert, on suit un compas devenu fou !
Les instruments de navigation sur le Broussard sont au nombre de un : le radio compas, disparu de nos jours, préhistorique, imprécis, mais fiable, sauf ce jour là. En panne.
Il reste le soleil : zut ! Midi pile ! Le soleil à son zénith, eût dit Gainsbourg… Aucune indication de Nord ou de Sud, d’Est ou d’Ouest… Aucune fumée pour nous indiquer le vent… Rien ! Rien au milieu de nulle part ! Que des nuages, des cumulus dits de beau temps…

  • Tu as suivi le compas depuis le début ?
  • Oui, me dit Matana.
  • Il a beaucoup varié ?
  • Peut-être 20 degrés, me dit-il…Je ne suis pas sûr…
    S’il en avoue 20, pensé-je, il doit bien y en avoir 30…Moi-même, j’ai pris 10 degrés à gauche, en moins de dix minutes, alors je vire de 40 degrés à droite. Dans 25 minutes, on devrait voir la colline de Mongo, seul élément reconnaissable dans le secteur.
    Entre temps, rien. Sur la carte, que du jaune. Aucun repère. Le désert. Dans toute sa splendeur. Dans son immensité.
    Le temps passe, l’essence baisse. L’inquiétude monte.
    Et tout a coup, à droite, là-bas, loin, une ombre : la colline tant attendue ! Ouf ! On a eu un peu peur, même si on ne veut pas le reconnaître !
    Je vire encore de 30 degrés à droite pour nous remettre sur route. Je n’aurais pas cru que l’on se soit autant éloigné…
    Je regarde encore la montre : ce détour nous aura fait perdre 15 minutes…
    On approche, on approche… Rien ne se précise… La colline semble fondre…
    Elle était là, elle n’y est plus !
    Horreur ! C’était l’ombre d’un nuage ! Pendant dix minutes, on s’est approché de l’ombre d’un nuage ! Et toujours aucune colline en vue ! Encore pleins d’ombres d’autres nuages, qui toutes ressemblent étrangement à des collines, et qui s’évanouissent quand on les approche !
    Une terrible évidence s’impose alors à moi, il faut informer mon escadrille par radio !
    « Mayday mayday mayday, ici TTLAB – Tango Tango Lima Alpha Bravo - d’Am Timan sur Mongo, je vais me poser, panne d’essence, position inconnue… Mayday mayday mayday… »
    Le pire message que l’on puisse envoyer sur les ondes…Je l’avais déjà entendu au cinéma, j’avais souri ! Le dire soi même dans un micro, sans savoir si là bas, à N’Djamena, quelqu’un le reçoit, c’est autre chose !
    Et pour la deuxième fois en trois mois, je vais devoir affronter les quolibets de mes potes à l’escadrille ! Qu’ai-je à dire pour ma défense ? « Je dormais » … Je suis très mal dans ma peau… Vraiment…

Et l’essence…
… Elle baisse trop vite… Je réduis les gaz, pour économiser… Le Broussard tremble, on arrive en limite de décrochage : tant pis, j’entame la descente, ce qui stoppe les vibrations en redonnant un peu de vitesse à l’avion. Et je cherche une piste sur laquelle on pourrait faire un atterrissage de fortune… Drôle de nom pour un atterrissage forcé ! Mais rien, toutes les pistes empruntées par les rares camions ou les animaux sont zigzagantes à souhait, impossible de s’y poser, ni même de l’envisager. Il vaut mieux se poser ailleurs. N’importe ou mais ailleurs. Pas sur ces pistes.
Tout à coup, une sonnerie horrible : l’essence… Moins de 5 litres dans l’aile gauche ! Si la jauge est correcte, il nous reste quelques minutes de vol ! Je coupe le breaker pour stopper ce bruit inutile et stressant. Mais il reste le témoin lumineux sur le tableau de bord, il clignote, rouge, très rouge… Dans un avion, tout ce qui est rouge annonce un danger. Quelques minutes de vol dans l’aile gauche, peut être 5 dans l’aile droite ?

…Et là, à ce moment précis, notre passager se réveille, baille, s’étire, ouvre les yeux, regarde autour de lui, lentement, et dit :

  • Ah mais dis donc, vraiment là même, je reconnais ce village, c’est Moyto !
    Coup de tonnerre !
    Je me retourne : « Tu en es sûr » ?
  • Mais dis donc, là même, me dit-il en souriant, car il ignore tout du drame qui se joue, et dans lequel il est figurant, bien sûr, vraiment là ! C’est mon village ! Je suis né ici ! Je reconnais bien, vraiment présentement !
    “Mayday mayday mayday, ici TTLAB, position présumée, Moyto, je fais un atterrissage forcé ! Mayday mayday mayday !”

Coup de chance, à Moyto, il y avait une piste pour petits avions…
Coup de malchance, elle n’était plus en service - et pour montrer qu’elle était désaffectée, les habitants du village avaient placé des troncs d’arbres en son travers, les plus gros qu’ils avaient trouvé…

Il y a, en aviation, ce que l’on appelle la loi de l’enquiquinement maximum : un malheur s’ajoute toujours à un malheur. On savait qu’il y avait des troncs, bon, si on les voit, on a une chance de pouvoir les éviter… mais on ne les voyait pas, car l’herbe avait poussé !
Et naturellement, inutile d’espérer faire une remise de gaz, c’est déjà un miracle que le moteur tourne encore !
Ce jour-là, il y eut un autre miracle : lorsque je posai le broussard, j’eus la chance de n’en heurter aucun ! Cela n’a rien à voir avec la virtuosité : quand on pose cet aéronef, on doit regarder sur le côté, devant on ne voit rien… Etonnant, non**** ?
Le Broussard roulait encore lorsque le moteur unique s’est arrêté, faute de carburant ! Il a fallu le pousser pour le faire sortir du terrain d’atterrissage ! A trente secondes près, je cassai mon deuxième appareil de la saison !

Tout le village arrive en courant sur la vieille piste, qui n’a pas vu d’avion depuis des années. Ils sont heureux : ils croient que l’Escadrille Tchadienne va revenir. Hélas, je n’ai vraiment pas le cœur à partager leur joie – ni à les détromper !
Et ma mission n’est pas terminée !

  • Où est le chef de piste ?
  • Mais dis donc, il n’y a pas de chef de piste, vraiment, car le terrain est fermé depuis 3 ans !
  • Bon, toi, écoute-moi !
    Je m’adresse à celui qui a l’air de représenter l’autorité, quitte à vexer celui qui la représente vraiment… Les Africains sont très à cheval sur le protocole !
  • Fais amener le camion de l’escale, avec des cordes, et fais-moi enlever tous les troncs de la piste, car un autre avion va venir !
  • Bien chef, me dit-il, flatté d’avoir reçu cet ordre.
    Je pense aux vers de Victor Hugo, mon idole :
    « Mais, dans l’obscurité, ombre où rien ne pénètre,
    On a pour chef l’esclave à qui parle le maître ! »
    Je l’ai désigné chef, il l’est instantanément devenu ! Et à son tour, il donne des ordres :
  • Toi, vraiment, tu cours au casernement chercher le camion, toi, dis donc, là, tu vas à la popote chercher les cordages, toi, tu vas réquisitionner présentement tous les hommes de garde ! Vite !

… Effectivement, tout est très vite réglé, il n’y avait que 4 troncs, pas bien grands, qui sont tour à tour attachés au camion et dégagés de la piste ; je vérifie moi-même qu’il n’en reste aucun en montant dans la jeep, et en la parcourant à plusieurs reprises sur toute sa longueur ; si mon message a été reçu à N’Djamena – ce dont je ne suis pas sûr - un avion peut désormais se poser en toute sécurité.
Le Broussard est sur le côté, la piste est dégagée… Je ne peux rien faire de plus, et je me laisse alors aller à un désespoir immense…
Déjà, il y a 3 mois… Le cauchemar de Castillo de Ampurias recommence… Bon sang, comme j’aimerais me réveiller ! Me dire que tout ceci n’est qu’un mauvais rêve ! Me dire que je ne serai jamais Marquis de Moyto !
Hélas, la réalité ne veut pas me lâcher ! Tout le village est ici, ils ont amené de quoi manger, ils tapent sur des tam-tam, ils dansent… Ils sont heureux, ils croient qu’on va rouvrir ce qu’ils appellent avec fierté « l’aérodrome » et qui n’est qu’un rectangle plat de 450 mètres de long sur 15 de large…

…Tout à coup, je tends l’oreille : Moyto n’est sur aucune route aérienne et pourtant, j’entends quelque chose !
La fête s’arrête : on voit maintenant un point dans le ciel ! C’est le bruit du Push Pull ! On reconnaît toujours un avion au bruit, avant de le voir.

Et la fête reprend de plus belle : aucun avion n’est venu ici depuis 3 ans, et aujourd’hui, en voilà deux ! Le village se remet à danser, c’est irréel ! Je voudrais être à 20 000 kilomètres d’ici, j’ai honte, j’ai honte, je suis malheureux, au milieu de toute cette liesse !
Le Push Pull se pose, et roule, lentement, sans encombre…Ouf ! Il se gare à côté du Broussard… Avec le soleil dans le pare brise, je ne vois pas qui le pilote… La porte s’ouvre…
… Et Janin descend !

Janin, majestueux comme toujours, avec un léger sourire ironique, à la Major Thomson, Janin qui vient, me serre la main, poignée chaleureuse, Janin qui me dit :

  • Vous ici ? Je ne pensais pas vous revoir en de telles circonstances ! Je vous ai amené quelques bidons d’essence, faites-en bon usage !
    Je n’en crois pas mes yeux – ni mes oreilles ! Pas un reproche, pas une remontrance ! Lui, le leader pilote ! Je respire mieux, tout à coup ! Puis il me prend par l’épaule, paternellement, venez me dit-il, j’ai quelque chose pour vous… Il m’entraîne un peu à l’écart du groupe, sort de sa poche un préservatif, et ajoute :
  • J’ai pensé que si de telles mésaventures devaient vous arriver à nouveau, ceci pourrait vous être utile !
    D’un seul coup je me suis senti tout à fait bien ! Réconcilié avec la vie, ou presque !
    Un autre bruit de moteur se fait entendre… Un DC3…

Pourquoi un DC3 vient-il par ici ? Il se pose – pourtant, la piste n’a pas la longueur réglementaire pour lui. Je devine le pilote « debout sur les freins » et me demande quel est le fou qui vient poser un Dakota sur un terrain désaffecté…

C’est Pierre ! Mon meilleur pote à l’escadrille !

  • Et alors, Bruno ! Pourquoi tu ne m’as pas répondu ? J’ai reçu ton message, je t’ai dit que j’arrivais sur la VHF…
  • Oui, mais ma VHF était en panne elle aussi, je ne t’ai pas reçu !

Pierre m’a donné un peu d’essence, vidangée dans son avion, et, tous ensemble, on a pu manger avec le village, et boire le bili bili, et je me souviens même avoir ri avec mes amis, alors qu’une heure plus tôt, je croyais que je ne rirais plus jamais !

Puis on a songé au retour. On a rempli – partiellement – les deux réservoirs du Broussard, et on a décollé, moi d’abord, puis Janin, puis Pierre… Et pendant cinq minutes, ils m’ont escorté vers Mongo, Janin en Push Pull, Pierre en Dakota, et moi en Broussard ! Trois avions aussi différents faire du vol en formation ! Cela ne s’était vraisemblablement jamais vu !
Cela ne s’est vraisemblablement plus jamais revu !

Et chacun est reparti dans sa direction, Janin sur N’Djamena, Pierre sur Abeché, et moi sur Mongo, dans le soleil qui se couchait enfin

Saint Ex, Linbergh, Mermoz, Blériot, Clément Ader, j’ai pensé à vous… Bien sûr, vous êtes des géants, vous avez ouvert les routes du ciel, je ne suis qu’un pilote parmi tant d’autres … Mais un instant, j’ai eu la sensation délicieuse de faire partie de la famille !

  • Amener le petit au bout signifie – sans entrer dans les finesses du jeu – « Ah ! Ah ! Je vous ai bien eus ! »

** Lui, c’était un Monsieur… Il ne perdait pas son temps en futilités, mais où qu’il soit maintenant, je suis sûr qu’il nous pardonne bien volontiers nos faiblesses…

*** « Eppur si muove », disait Galilée… « Et pourtant, elle tourne »… Mais il parlait de la terre, lui !

**** Le Broussard, comme tous les avions de la vieille génération, a une roulette de queue, et un moteur 12 cylindres en étoile : donc, au sol, il se trouve en position cabrée, et cet énorme moulin nous empêche de voir devant nous, au sol, et nous gâche même la vue du ciel…

                                                                                                 That’s All Folks !!!

Ah, Lagoon. Encore, encore des histoires et des screens.

Merci.

Salut
Charles je reviens juste de lfcv, comme d’hab ton récit un régal :stuck_out_tongue:
Et comme te dis Guy au dessus ENCORE et bravo_)=
Mes amitiés

J’ai failli louper ça :imp:

Et oui, j’y vais jamais moi dans cette rubrique “Screens” , j’attends qu’Azulseco me briefe :laughing: .

MERCI Monsieur Lagoon et le bonjour aux iles

merci les amis. le prochain recit d’Afrique dans qq temps. d’autres entre temps par chez nous. Alain, je prends regulierement des nouvelles de “la bête”. cazal revise ses procedures radio. amitiés à Phil. à bientôt.